Skip to content

monTelfer.ca

VOTRE LIEN AVEC CE QUI COMPTE

Un géographe réécrit les règles de l’innovation

David Doloreux étudie les conditions menant à la mise en œuvre de stratégies d'innovation régionales.

L'innovation est en quelque sorte une question de géographie; ce n'est simplement pas celle sur laquelle les chercheurs et les décideurs ont mis l'accent jusqu'à maintenant.

Les plus récentes études de David Doloreux viennent mettre en doute l'idée que différents lieux permettent différents niveaux d'accès aux sources de renseignements, à la recherche et au développement, aux collaborateurs et aux marchés qui favorisent l'innovation.

« Dans notre étude des services aux entreprises à forte intensité de savoir au Québec, nous avons découvert que l'innovation varie tant à dans l'espace continu que dans des territoires distincts, et ces variations ne peuvent pas être expliquées par les différences entre la capacité des sociétés à accéder aux renseignements, au savoir et aux partenaires » mentionne M. Doloreux, Chaire de recherche sur la francophonie canadienne - innovation, entrepreneuriat et développement régional à l'École de gestion Telfer.

Étonnamment, on a observé que dans de nombreux cas, les sociétés se montraient plus novatrices dans les régions éloignées que dans les villes, ce qui reflète non seulement le fait que certaines sociétés cherchent des lieux éloignés pour des raisons stratégiques, mais aussi en raison de leur nature différente et des marchés des régions éloignées. M. Doloreux indique que certains facteurs d'innovation peuvent varier continuellement dans l'espace, comme une diminution de la propension des firmes à se spécialiser dans un créneau particulier et une plus grande internationalisation des processus d'innovation au fur et à mesure que l'on s'éloigne des grands centres urbains.

Les résultats sont probants; il serait important d'examiner si les modèles d'innovation observés     «peuvent être expliqués par des facteurs culturels, organisationnels ou institutionnels non mesurés, des facteurs qui ne sont pas uniquement locaux, mais qui ont également des structures spatiales plus élargies. »

Ce n'est pas la première fois que M. Doloreux présente un point de vue de géographe concernant le problème des différences dans l'innovation en révélant des résultats inattendus. Chercheur prolifique, M. Doloreux étudie les hypothèses liant l'entrepreneuriat, la créativité et l'innovation au concept de région, et ce, depuis plus de 10 ans. Depuis son arrivée à l'Université d'Ottawa en 2007, il a également travaillé à développer la capacité de l'École de gestion Telfer à mener des recherches dans ces domaines. En outre, il a participé à différents réseaux de recherche dans des pays d'Europe du Nord, comme la Suède, où il a achevé son travail postdoctoral à l'université de Lund, l'Allemagne, où il était professeur invité au département de géographie à l'Université de Kiel, et la France (collaboration scientifique avec l’Université de Toulouse).

L'Agence universitaire de la francophonie a récemment reconnu les contributions de M. Doloreux en lui remettant le prix de la Francophonie pour jeunes chercheurs 2010-2011 dans le domaine des sciences humaines, un prix prestigieux remis aux deux ans pour récompenser un chercheur « ayant réalisé une percée significative à l’international, en particulier dans le cadre de la Francophonie ».

« Que je travaille au développement de résultats empiriques ou d'une théorie évoluée, mon travail consiste essentiellement à développer une vision plus systématique des différents processus liés à l'innovation, et à relier tout cela au niveau régional », mentionne M. Doloreux, dont la formation de géographe comprend un baccalauréat en géographie de l'Université du Québec à Montréal, une maîtrise en géographie de l'Université de Montréal et un doctorat en études urbaines de l'Université de Waterloo.

On peut également noter, parmi ses récentes contributions, des découvertes clés qui lancent la question de savoir en quoi consiste un système novateur régional efficace. En utilisant une bourse importante du Conseil de recherches en sciences humaines, M. Doloreux et ses collaborateurs-chercheurs ont récemment étudié les conditions pour le développement de grappes industrielles et la manière dont elles ont été intégrées à l'économie régionale. L'équipe a conclu que le développement de grappes industrielles représente « un processus à long terme qui dépend de la création prudente d'ententes entre des acteurs clés qui sont ancrés dans la région. »

M. Doloreux et ses collègues ont démontré que les grappes, définies comme des ententes régionales entre des entreprises, des acteurs gouvernementaux, les autorités publiques et des organisations intermédiaires, sont basées sur les acteurs et les processus fonctionnant selon des niveaux différents, de l'échelle locale à l'échelle mondiale.

Les résultats ont permis d'obtenir une image plus complexe des mécanismes que l'on croit les plus propices pour l'innovation. D'ailleurs, comme M. Doloreux et M. Richard Seymour, de l'Université du Québec l'ont conclu dans un article publié dans le Journal of Economic Geography : « Une fois que l'on se penche sérieusement sur la géographie de l'innovation, on découvre la mesure dans laquelle on n'en savait peu et combien d'éléments étaient simplement tenus pour acquis. »